Vu de la plaine à proximité de Saint-Thomas-en-Royans, le Vercors se profile avec son relief escarpé, taillé de falaises et de gorges étroites et profondes. Le col de la Machine et la Combe Laval nous attendent.

Le col Gaudissart, une porte d’entrée du Vercors
C’est un col intermédiaire sur la route du col de la Machine. L’entame du col est à Saint-Jean-de-Royans par la RD76. Après un passage entre les derniers noyers plantés sur le piémont de la Montagne de l’Echarasson, la route du col Gaudissart est en partie dans une ambiance forestière. En poursuivant, nous prenons rapidement de l’altitude pour arriver à la Maison Jourdan. Maintenant, La route domine Saint-Jean-en-Royans et Saint-Laurent-en-Royans ainsi que la confluence des vallées de Lyonne et du Cholet.

Plus loin sur le bassin versant du Cholet, quelques pentes douces avec des prairies adoucissent le paysage. Ensuite, les falaises prennent la place. Au pied de cette falaise se situe la résurgence et la grotte de Frochet. L’eau s’écoule en une cascade pétrifiante. Sur ce site, lors de fouilles archéologiques, des traces de présences remontent au Mésolithique (de – 6 000 à -10 00 avant J-C) jusqu’à l’Age du Fer (- 800)4 .

Par-delà la Combe Laval où coule le Cholet, nous retrouvons le relief fortement entaillé avec des Petits Goulets et des Gorges de la Bourne.

Au virage de la Maison Jourdan, bientôt, la route large se réduit à la largeur d’un véhicule le long de l’Echarasson.

Grandiose, la route de Combe Laval
Le moment attendu ! le début de la route de Combe Laval avec ce premier tunnel où beaucoup devine la tête d’un éléphant (paréidolie). Pour profiter de cette route, il est préférable de garer sa voiture et de continuer à pied. Par sécurité, il convient de privilégier les périodes hors des saisons touristiques.

L’aspect grandiose du site tient dans cette impression d’avoir atteint l’extrémité d’une « terre » tant l’espace devant nous est vaste. La crête en face se situe à environ 2 km séparée par un abime de 570 m de profondeur avec une première partie à-pic. Pour se donner une idée, ici, nous sommes à 908 m d’altitude, le Cholet coule au fond à 338 m.


Encore quelques dizaines de mètres et c’est la plongée immédiate. Quand on arrive de « plats pays », la sensation d’être happé par le vide peut-être présente. Après quelques pas et un temps d’accoutumance à cet environnement aérien on peut commencer à regarder l’abime.


Les routes du vertige
La première approche est déjà la possibilité d’apprécier le travail des ouvriers ayant construit cette route à la fin du XIX ème siècle. Depuis, l’attention est portée à l’amélioration et à l’entretien de cette route pour notre plus grand plaisirs. La construction de ces routes vertigineuses du Vercors sont motivées par l’idée de désenclavement, le développement économique et l’intérêt de réduire les temps de transport1. Comme le note Emma-Sophie Mouret à ce sujet, l’intention est aussi d’apporter aux habitants « l’accès à la modernité et aux symboles du progrès » 2. Pour cette route, l’aspect économique et l’amélioration du transport sont motivés par la proximité de la Forêt de Lente et ses arbres convoités. Après son ouverture, le chemin des Chartreux n’est plus utilisé. Concernant le nom de ce chemin, d’après de récentes recherches, il s’agit de la Route Forestière Impériale3.
Des défis extrêmes
Pour les ingénieurs, passer entre deux strates ou sur des vires rendait la progression et les travaux plus aisées. Mais en raison de la structure géologique, cette option n’est pas toujours possible. De ce fait, sur les prochains 600 mètres de longueur, la section est à encorbellement comme d’autres suivront. A certains endroits, la route ne repose pas sur la roche. Elle est dans le vide posée sur des poutres IPN en acier où parfois un frêle poteau soutien la structure. Pour rappeler ces travaux titanesques, à l’une des extrémités du premier tunnel, une plaque commémorative est scellée sur laquelle est gravée la date de construction de cette route de 1893 à 1896 ainsi que l’élargissement de 1938.




Le panorama



Les éperons et les tunnels s’enchainent sur environ 600 mètres de longueur.








Souvent, ces routes taillées dans la falaise sont aussi impressionnantes en regardant la masse rocheuse au-dessus de la chaussée.




En regardant vers le bas, se situe Laval. Dans le fond de la combe, la route continue en amont jusqu’au monastère de Saint-Antoine le Grand. En face, la vue est barrée par les Rochers de Laval.


Tel un balcon ou une coursive








Il nous reste 2 km 500 pour atteindre le col de la Machine. Maintenant, la route longe le ravin du Riou Blanc avec ses pentes instables et les menaçants rochers de Fècles.


L’origine du nom du col de la Machine
Mais pourquoi ce nom ? Jusqu’à la Révolution, les chartreux sont les exploitants de la forêt de Lente et ont besoin notamment de bois pour alimenter leurs forges. Afin de descendre les grumes de cette forêt et en l’absence de chemins fiables, les moines installent au col une machine (un treuil) pour descendre cette matière première.
Le tunnel des Moines
A l’extrémité des rochers des Fècles, il reste sur le chemin des Chartreux le tunnel des Moines dont l’accès est interdit. Lors de la construction de la route de Combe Laval en 1893, ce tunnel n’est pas repris en raison d’éboulements. A partir du Riou Blanc, le chemin a disparu également lors des travaux, enseveli lors du terrassement de la route. D’après les recherches de Michel Wullschlegger et de Raymond Holyst, ce chemin et ce tunnel ne sont plus identifiés comme construits par les chartreux : « Il s’agit de la route impériale qui a pour but d’approvisionner les forges de la Compagnie Ling, installée depuis 1804, en charbon de bois. Les Eaux et Forêts y voient l’opportunité d’acheminer les grumes de bois de la forêt de Lente vers l’Isère et les ports de Marseille et de Toulon, ce qui, jusque-là, était pratiquement impossible faute de l’existence de cheminements. Une adjudication est faite au profit de la Compagnie Ling et l’autorisation est donnée par décret de Napoléon 1er, d’où le qualificatif « impériale » affecté à cette route »1.



Vue du tunnel des Moines, la D76 serpente le long des Rochers des Fècles

Au fond de la reculée de Combe Laval, la résurgence du Cholet dominée par les rochers de Laval


A la sortie du tunnel, des formations géologiques ruiniformes avec un pinacle tenant en équilibre précaire. Nous apercevons dans le fond de la combe le monastère orthodoxe de Saint-Antoine le Grand.


L’arrivée au col de la Machine à 1011 m où sur un talus nous attend une belle surprise printanière avec des Gentianes (Gentiane acaule).


Sur l’autre versant, un tout autre paysage, un doux relief avec une prairie pour nous accueillir à l’orée de l’immense forêt de Lente.

La Combe Laval est dans un périmètre de l’Inventaire National du Patrimoine Géologique (INPG). Sur un plan géologique, c’est une reculée. Nous trouvons du calcaire de l’étage du Hauterivien (n3) sur le versant des Rochers de Laval et du calcaire de l’Urgonien (n4-5U) de la Montagne de l’Echarasson et des éboulis (E) sur ses pentes. Le site est également en zones de protection NATURA2000 et en ZNIEFF 1 et 2.
Documentation :
1 2 Emma-Sophie Mouret Chemin faisant, une histoire des routes du Vercors, Penser et édifier les routes carrossables (1827-1914), Ed. Plumes d’Ardèche p. 42 à p 79
1 2 ou en version vidéo https://cheminsfaisant.ladrome.fr/
3 La route forestière impériale de Combe Laval, la route oubliée, Association Royans d’Hier et d’Aujour’hui
4 J. Combier, Rhône-Alpes. In: Gallia préhistoire, tome 25, fascicule 2, 1982, p. 493
En savoir plus : https://www.royans-dhier-et-daujourdhui.fr/notre-patrimoine/
Jean Bouvier, Désenclavement du Vercors Ouest, Combe Laval, Société archéologique de la Drôme, septembre1965
Jean Noaro, Découverte du Vercors, p.39 à 48
Georges Jorré, L’établissement des routes dans le massif du Vercors, Revue de Géographie Alpine, année 1921, p. 229-284
Geneviève Rouillon, Vercors, Les batisseurs du vertige, Alpes magazine n°38, mars-avril 1996, p.74 à 86
Guy Meauxsoone, In Mémoriam, les Grands Goulets, Chaîne : Histoire, Notice géologique n°795
Inventaire National du Patrimoine Géologique, Reculée de Combe-Laval, identifiant : RHA0090, Fiche technique
Zone NATURA 2000, Monts du matin, Combe Laval et Val Sainte-Marie : FR8201692
La route forestière impériale de Combe Laval, la route oubliée
Michel Wullschleger, Éleveurs et forestiers en Vercors occidental aux XVIIIe et XIXe siècles, Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, 1991 p. 43-82

